Communautés de pratique en changement

Cette semaine, j’ai la chance de pouvoir rencontrer la personne qui a inventé le terme opérationnel des communautés de pratiques en 1991, Etienne Wenger et sa collègue Jean Lave. Ça se passe le 2011-11-17 à Toronto! Quoi de plus exitant pour célébrer?

Car les communautés de pratique ont 20 ans cette année!

En fait, bien que le terme ait été créé en 1991, le processus existe depuis que le monde est monde. Le concept derrière les CoP (Community of Practice) est aussi vieux que le monde puisqu’à la base le besoin de se rencontrer, de parler de ses problèmes et d’essayer d’y trouver une solution, ce besoin a pris naissance au moment même où quelques individus ont compris que partager les connaissances était la clé!

  • La clé pour régler des problèmes
  • La clé pour aller plus loin
  • La clé pour survivre, finalement.

Le monde contemporain est moins hostile qu’au temps de l’homme de Cro-Magnon (bien que je ne sois pas certain que cette créature aie pu communiquer efficacement…), mais le besoin d’évoluer et de survivre est encore bien présent. D’où l’attrait des CoP!

En cette ère des réseaux sociaux virtuels, personne ne peut nier que le besoin de communiquer, de partager et de contribuer est encore vif. Depuis l’avènement de web contributoire, le web 2.0, on parle même de surplus cognitif, cette activité cérébrale qui était canibalisée par le petit écran dans les années 60 à 90 a maintenant divergé vers le web. Le web contributoire, le web des médias sociaux, le web de Wikipedia. Chaque individu connecté peut aujourd’hui faire profiter le reste de la planète de ses commentaires et de sa sagesse, plus ou moins pertinents selon le cas. Facebook, LinkedIn, Slideshare, Flickr ou Prezi, pour n’en citer que quelques-uns, ne sont que la pointe de l’iceberg. Les outils de collaboration sont légion.

Il ne reste qu’à s’impliquer pour contribuer.

Car le partage, la source des communautés de pratique, implique une contribution. On donne pour mieux recevoir.

Certaines personnes assistent à des évènements pour répondre à un besoin particulier, trouver une solution. Certaines personnes assistent pour recevoir. Et ils reçoivent beaucoup.

D’autres désirent surtout partager. Saisir l’occasion de pouvoir aider ceux qui ont besoin de leurs connaissances. Et ils reçoivent au passage! Ils reçoivent l’appréciation de leurs collègues, la reconnaissance de leur expertise, dans certains cas une offre d’emploi, un contrat, une opportunité et le plaisir pur et inadultéré d’avoir contribué.

Qui a reçu davantage?

Qui a le plus grand désir de revenir?

Étonnamment, les grands contributeurs, ceux qui mettent le plus d’efforts, sont les mêmes qui reviennent, fois après fois, aux activités de la communauté de pratique. Ceux qui ne font qu’assister passivement finissent par se désintérresser.

N’est-ce pas la même chose partout? Être passif dans une activité est le signe annonciateur de l’échec.

Le nouvel instrument de musique que vous pratiquez… quelques semaines

Les études… qui nécessitent souvent plus qu’une lecture superficielle du matériel

Les activités professionnelles… qui requièrent un maintien des contacts et des suivis dans des délais raisonnables

La formation ou le développement personnel… qui exige des efforts pour mettre en pratique ce qui est acquis dans les cours

Tout y passe.

On s’implique activement ou on décroche. On s’implique et on rentabilise son investissement.

L’implication personnelle exige des efforts, requiert du maintien, nécessite plus qu’un passage superficiel et, presque par magie, donne des résultats au-delà des attentes.

Après presque 10 ans d’implication dans les communautés de pratique, j’ai vu un cycle récurrent dans les groupes que j’anime. L’intérêt monte et redescend. Un cycle normal. Wenger l’a décrit d’ailleurs. Il a aussi démontré que les CoP se basent sur 3 variables essentielles

  • Le domaine, ou l’aire d’intérêt de la communauté
  • La communauté, ou le type d’individus qui la compose
  • Et la pratique, ou le genre d’informations qui est partagées et mises en pratique

Le succès d’une communauté de pratique ne peut se réaliser que si les trois composantes sont présentes et en santé.

  • On ne peut avoir seulement que du bon contenu (pratique)
  • Ou que des individus intéressants (communauté)
  • Ou un sujet rassembleur (ingénierie, formation, santé, etc)

Il faut les trois.

MAIS, si la communauté est faible, si l’implication est faible, il est presque impossible de pallier à cette faiblesse en surcompensant les deux autres.

En cette ère de déséquilibre entre le boulot et la vie personnelle, les statistiques démontrent que les individus passent moins de temps à pratiquer des activités personnelles ou communautaires. Le bénévolat, les organisations comme les Chevaliers de Colomb ou les Lions peinent à se renouveler. La contribution individuelle envers les communautés de pratique diminue également.

L’implication personnelle s’effrite. Les communautés de pratique vivotent et doivent se renouveler.

  • Par une prise de conscience et une confirmation de la spécialité ou du domaine d’expertise
  • Par de nouveaux membres et une plus grande implication des anciens
  • Par des activités de mise en pratique stimulantes

Les statistiques regardent notoirement vers le passé et leurs histoires sombres peuvent sembler bien décourageantes.

Je préfère le futur. J’ai foi en l’avenir!

Je m’implique donc toujours et plus encore dans mes communautés de pratique.  Je continue à donner, à partager, encore et toujours.

Et je reçoit toujours en juste proportion de ce que j’ai donné.

Wow!

Par François Lavallée, M. Sc.


 

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