Viré su’l’top !

“Es-tu viré su’l’top?” est généralement employé pour signifier qu’un individu se comporte soudainement d’une manière inhabituelle, voire carrément déplacée.

J’aimerais faire une analogie avec les organisations qui changent de vision ou d’orientation. De façon générale, on peut aussi parler des organisations à travers le monde qui, depuis 25 ans, ont également changé leur façon de répondre à leur mission d’entreprise. Ou plutôt, cesser de répondre à leur mission.

Quiconque se lance en affaires le fait pour bien des raisons, le succès financier en faisant partie. Quiconque se lance en affaires seulement pour faire de l’argent court inéluctablement vers la ruine cependant. En effet, à moins d’être dans le domaine bancaire ou financier, la base d’une entreprise est d’abord de satisfaire un besoin chez les clients potentiels. Ce besoin n’est jamais de permettre au fournisseur de faire des profits.

La très forte tendance installée depuis 25 ans est de livrer des dividendes à chaque trimestre. Finie la vision long terme! Finie la recherche de satisfaction des clients!

On peut en voir des exemples dans nos systèmes sociaux : le système de santé est géré par l’équilibre budgétaire et non par les soins aux patients; le système d’éducation travaille plus à conserver ses pouvoirs au niveau des commissions scolaires qu’à améliorer l’éducation des élèves, au grand dam des enseignants; nos partis politiques s’acharnent à déployer des stratégies électoralistes au lieu de défendre leur vision de la société; etc., etc.

Mais certaines organisations décident de virer su’l’top à l’occasion et d’aller à contrecourant pour revenir à leur mission originale ou encore, plus rare, certaines compagnies démontrent de la ténacité en restant farouchement enraciné à leur mission originale, malgré la tourmente des marchés.

Warren Buffet et sa compagnie BershireHattaway ont démontré depuis des décennies une grande stabilité dans leur stratégie d’investissement, loin des revirements émotionnels des marchés. Et qui peut douter du succès de Warren Buffet?

Apple génère des profits exceptionnels depuis quelques années en innovant constamment et en allant au-delà des standards établis pour devancer les besoins de ses futurs clients, poussant les limites de la qualité, du design et de la fonctionnalité de ses appareils tout en offrant des logiciels éducatifs gratuits (ibooks author, ItunesU, etc.) ou presque (la dernière version de leur système d’opération, Lion, se vendait 29.95$ pour une version familiale en comparaison avec Windows 7 Famille – donc incomplète – à 149$, leur suite bureautique iWorks se vend 79$ vs 179$ pour Office).

Ces modèles de persévérance ne peuvent que nous inspirer.

Ces modèles incitent aussi certaines organisations à amorcer un autre revirement su’l’top, celui du retour aux origines.

Retour à la vision originale de l’organisation.

Retour à des valeurs essentielles.

Retour vers l’atout principal de toute organisation : ses employés.

On le voit dans les articles des journaux d’affaires.

On le voit dans les efforts de ces organisations pour mettre en place des systèmes de gestion participative.

On le voit dans l’effondrement progressif de l’influence indue des syndicats sur les employeurs

On le voit dans l’avènement des “printemps arabes”.

On le voit dans les mouvements de protestation de citoyens envers leur administration municipale.

On le voit dans les dénonciations publiques des salaires des fonctionnaires et des primes de rendement honteuses des institutions bancaires.

On le voit partout!

Le citoyen silencieux, l’employé passif, le patron éloigné de l‘action, les victimes d’oppression effrayées seront peut-être des espèces en voie de disparition.

Le sens civique revient… lentement.

La responsabilité corporative revit… doucement.

La prise de conscience collective renait… sûrement.

La confiance en l’avenir refait surface… vraiment!

Par François Lavallée, M. Sc

 

Copyright © 2013 Aliterconcept Reproduction restreinte permise si accompagnée de cette mention.