Crise : la solution ne viendra pas d’en haut.

Crise : la solution ne viendra pas d’en haut.

Une récente crise sociale déclenchée par une tempête parfaite.

Une situation presque normale dans le climat hivernal québécois : une tempête de neige.

Une tempête de neige, comme toutes les tempêtes, accompagnée d’une bonne dose d’imprévus. Après tout, il s’agit d’un système complexe aux paramètres météorologiques difficiles à prévoir malgré la tonne de scientifiques qui s’y affairent.

Une chose certaine : il faut se préparer à agir et agir pour se préparer.

Des processus sont mis en place pour parer à toute éventualité… ou presque.
Des protocoles et des procédures sont également mis en place pour respecter toutes les normes gouvernementales,
et les conventions collectives,
et les ententes avec les fournisseurs privés…
Tout ça dans l’ordre et la discipline.

 

Mais voilà, la tempête, elle, n’en a rien à foutre de ces normes et procédures.
D’un côté, une tempête, un système météorologique complexe.
De l’autre, des processus compliqués.
La lutte est inégale et le gagnant est, comme toujours, le système complexe qu’on a essayé de gérer de façon compliquée.

Et bien sûr, comme pour toutes les crises à connotation politique, on passera beaucoup d’efforts et d’argent (des contribuables) à trouver un coupable… dans 6 mois. Si la chance nous sourit, les recommandations seront peut-être mises en vigueur avant la prochaine saison de tempête, l’an prochain. Mais la chance sourit rarement aux commissions d’enquête.

L’hiver prochain risque d’être chaotique.
Comme d’habitude !

 

Mais pourquoi s’en faire ? Notre premier ministre a entièrement confiance en la personne responsable de faire la lumière. Un ancien grand mandarin de l’état, habitué aux dédales de l’état, ami de plusieurs membres de l’état, habile à comprendre les implications politiques de ses décisions.

Il nous a déjà annoncé qu’il fera des recommandations dans, oh, environ 4 mois.
Et le premier ministre nous a déjà dit qu’il lui faisait confiance.

Les décisions viendront d’en haut.
Signe presque certain de l’échec à venir.

 

Pourquoi ce gestionnaire, dont on ne saurait d’autre part taire les capacités, serait-il apte à prendre une décision reliée à un système complexe alors que son ADN fonctionnel et décisionnel est ancré dans les processus compliqués ?

Olivier Zara démontre, dans son plus récent bouquin, que le système hiérarchique actuel est le système le plus efficace pour exécuter une décision. Mais le pire des systèmes pour prendre une décision !

De son côté Niels Pfleaging explique par son modèle des trois structures que la pyramide hiérarchique à laquelle nous vouons tous les Saints de l’univers ne sert qu’une seule fonction, le respect de la conformité.

Mais la tempête, elle, se fout éperdument de la conformité.

Ces deux auteurs pointent dans la même direction : les processus et procédures ne peuvent être sollicités lorsqu’une situation hors norme survient. Dans ces situations, les modes de communication traditionnels à deux directions (d’abord vers le haut et ensuite de retour vers le bas) sont inefficaces, voire dangereux.

 

La crise récente a vu des citoyens emprisonnés dans leur véhicule pendant des heures, utilisant spontanément leur appareil cellulaire pour envoyer des signaux de détresse (la bonne chose à faire !) et ne recevoir… rien en retour ! Le bon sens dictait pourtant la marche à suivre : organiser des secours.

Le processus dictait autre chose…

La même chose s’est produite lorsque l’ouragan Katrina a frappé la Lousianne en 2005. Le gros bon sens a laissé la place aux processus et aux protocoles de crise… jamais assez efficaces contre les éléments.

Et pourtant… la solution est là. Accessible au bout des doigts… littéralement.

 

Nous avons maintenant accès un immense réseau de communication grâce à nos cellulaires. Non seulement pouvons-nous appeler notre réseau personnel de parents et amis, mais nous pouvons également contacter leurs réseaux via les réseaux sociaux. Nous pouvons également trouver, en quelques clics, les meilleures ressources pour palier à n’importe quelles situations, que ce soit pour changer un robinet, soigner une verrue ou une démangeaison, ou encore appeler un déneigeur !

Ce réflexe de contacter le “réseau” s’est rapidement implanté dans toute la population. La vitesse à laquelle nous pouvons maintenant trouver une solution à une situation est impressionnante.

La vitesse à laquelle nous pouvons implanter cette solution est, quant à elle, trop souvent déprimante.

Cette solution viendra de l’intelligence collective sollicitée par la situation.

Et non par un fonctionnaire qui, malgré toutes ses compétences à exécuter les ordres, ne saura solliciter cette intelligence collective, cette expérience collective… oh non… Ceci mettrait ses capacités à décider en doute.

Mais voilà, la tempête, elle, se fout de ses capacités à décider !

 

Notre société a évolué avec sa pseudo-démocratie depuis que Solon y a pensé… depuis plus de 2500 ans.

Notre société, malgré les immenses progrès accomplis, est en perte de vitesse et démontre de plus en plus fréquemment l‘inadéquation de ses processus face aux situations complexes engendrées par la volatilité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté de l’environnement dans lequel nous vivons depuis que nous avons réalisé que nous sommes dans un marché global en mouvance.

Les journaux foisonnent d’exemples démontrant les échecs des paliers de nos gouvernements :

La gestion de la santé par le respect du budget plutôt que la santé des patients.
La gestion de l’environnement par les contrats aux compagnies exploitantes plutôt que le respect de la biosphère.
La gestion de l’éducation par le respect du programme plutôt que le besoin d’apprendre de nos citoyens.
La gestion du réseau routier par le plus bas soumissionnaire plutôt que la meilleure méthode de conception des routes.

 

Chaque fois, les solutions existent sur le terrain : les praticiens et les intervenants n’attendent que le signal pour les implanter.

Oh.
Et si le signal ne venait pas.
Car il ne vient jamais d’en haut ce signal.
La communication est interrompue par l’égo des gestionnaires et fonctionnaires, et par les processus… ah les processus !

Des règles et procédures nombreuses et compliquées engendrent des comportements simples et stupides… (non, je ne dis pas de qui ça provient… retournez dans les articles précédents et vous le trouverez, car je le cite trop souvent depuis quelques mois…).

Nous en avons la preuve chaque jour dans nos institutions et nos organisations.

Le signal qui vient d’en haut ne vient jamais.
La solution viendra du bas, et des côtés, simultanément, à travers une notification sur votre mobile.
Serez-vous prêt ?

 

Ben oui, comme d’habitude, vous serez prêt !

La complexité est une infinité de particules simples interagissant librement. Regardez une rivière qui coule. Elle trouve toujours une voie sans consulter personne. Oh oui, ce n’est pas toujours propre, mais elle ne peut simplement pas rester immobile.

Vous non plus.

Il est peut-être temps de laisser les gens décider. Sans crainte de représailles. En facilitant la consultation spontanée avant la prise de décision locale. En encourageant le partage de bonnes et de moins bonnes nouvelles sur les réseaux sociaux… sans crainte de représailles.

Il est étrange de voir comment ces réseaux sociaux, ces groupes de discussion, s’organisent spontanément autour d’intérêts communs; comment ils génèrent une énergie débordante de leurs membres; comment ces réseaux ont en leur sein les solutions à tellement de problèmes…

Il est étrange de voir, d’un côté, des efforts spontanés considérables de la part de gens qui n’en retirent aucun profit, mais qui donnent des résultats… Et de l’autre, les efforts forcés, imposés par nos ministères et nos supérieurs hiérarchiques, qui génèrent des bonus (directement proportionnels à la distance hiérarchique entre le décideur et les gens impactés par la décision), mais trop peu de résultats concrets et positifs à long terme…

 

Mais la tempête, elle, se fiche des bonus et des processus.

Mais la tempête, elle, sera depuis longtemps terminée lorsque nous aurons identifié un coupable (car il en faudra bien un !).

Nous célébrerons sur la place publique, car nous serons prêts pour la prochaine tempête ! Plus jamais cette situation ne se reproduira.

Évidemment, cette tempête était unique et ne nécessitait pas une solution unique ou une série de processus uniques… La prochaine tempête sera elle aussi complexe et nos processus compliqués n’auront pas été prévus pour cette nouvelle situation.

Seuls nous tous ensemble (alerte oxymore !!!) pourrions y faire face.

La solution ne viendra pas d’en haut.

Elle viendra d’en bas et de tous les côtés à la fois.

 


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