Parole de scout-plan et stratégie ne vont pas ensemble!

Les scouts ne mentent pas!

Et les scouts sont les champions (du moins, ils l’étaient !) de la marche en forêt!

C’est la métaphore que je choisis pour vous parler de stratégie.

Lors d’une rencontre très sympathique à propos de la complexité organisationnelle, certains gestionnaires présents discutaient de leur planification, des écarts continuels au plan et de leur frustration à ne pas respecter le plan.

Et soudain… POP! Cette idée de marche en forêt.

Une idée simple qui a permis à tous de clarifier et de simplifier les problématiques autour de leur complexité.


Imaginez une marche en forêt…

Vous avez une boussole, une carte topographique assez précise et récente ainsi qu’une destination. Après une étude approfondie de la région, vous planifiez votre parcours diligemment. Vous éviterez les crevasses et les collines trop escarpées et le temps approximatif de votre randonnée est de 6 heures la remise journée et de 5 heures la seconde. Vous planterez votre tente à mi-chemin entre votre destination et le point de départ. Vos amis vous attendent au chalet un peu plus loin.

Vous avez appris le maniement de la boussole et des cartes grâce à un excellent cours sur le web et une superbe application utilisant la réalité virtuelle sur votre téléphone mobile. La couverture de réseau est excellente sur votre trajet, mais vous ne pensez pas en avoir besoin, car vous avez confiance en votre agilité à manier vos outils « old school » : boussole et cartes ont été les fidèles serviteurs des explorateurs d’antan et vous êtes à la hauteur de la situation.

C’est le départ!

Vous saluez les amis qui vous ont déposé, un peu appréhensifs à l’orée de la dense forêt boréale qui entoure la région où le chalet est situé.

Une bouffée d’air frais et hop, vous déposez vos nouvelles bottes de marche sur l’odoriférant humus qui recouvre le sol. Quel plaisir! Que de sensations nouvelles ! C’est l’extase du départ!

Trois pas plus loin, vous faites l’expérience de la première plaque de « mou » : un petit trou caché sous les feuilles mortes vous fait trébucher et vous fait avancer rapidement en titubant de quatre pas au son bien connu d’une notification sur votre téléphone cellulaire, quelque part bien caché dans votre sac à dos.

Vous rigolez! La nature vous accueille à bras ouverts et à coup de notifications! 

La prochaine heure se passe à éviter des arbres tombés, contourner des rochers et bosquets d’arbustes trop denses et à surveiller où vous mettez les pieds. Une gorgée d’eau de votre petite gourde et la marche continue. Quelle tranquillité!

Vous marchez depuis environ deux quand vous décidez de vous réorienter grâce à votre boussole et la carte.  Une colline vous semble familière. Aha, on la voit bien sur la carte et plusieurs autres repères topographiques se confirment… mais pas au bon endroit! Vous avez dévié de plusieurs degrés de votre parcours initial! 

Première leçon : consulter la carte plus souvent! Le grand calme de la forêt vous a fait méditer et le temps semble s’écouler à une vitesse différente.

Une gorgée d’eau et hop, on repart! Vous poursuivez la marche et corrigez votre trajectoire. Toujours serein vous rencontrez un minuscule ruisseau qui semble profond. Ah bon, on ne le voit pas sur la carte. Vous décidez de ne pas le franchir, mais de le suivre pour trouver un passage moins profond. Après quinze minutes de marche, vous décidez de sauter par dessus. Vous lancez d’abord votre sac à dos de l’autre côté. Vous marquez dans votre esprit l’endroit où le sac est tombé, près de la souche à gauche de la pierre en forme de faucille.

En reculant pour prendre un peu de distance d’accélération vous trébuchez sur une racine et tombez à la renverse. L’atterrissage sur une petite pierre génère une douleur aiguë sur votre cuisse gauche. « Bon, j’aurai certainement une grosse ecchymose ce soir! » 

Rien de grave. Mais votre saut au-dessus du ruisseau s’en trouve affecté et vous avez l’occasion de tester de nouveau vos nouvelles bottes de marche : oui, elles sont imperméables… mais pas assez hautes pour empêcher l’eau de s’infiltrer.

La marche continue et vous réalisez rapidement que vous aurez dû bien sécher votre pied, vos bas et vos bottes avant de continuer : vos nouvelles bottes qui avaient commencé à générer des ampoules sur vos pieds, l’humidité de vos bas et quelques particules de sable provenant de l’eau boueuse du fond du ruisseau ont contribué à rendre la marche douloureuse et désagréable. Il est temps de confirmer votre position… et de prendre une pause.

C’est l’heure du séchage et des bandages!

Ah oui, et une bonne gorgée d’eau. 

Oops… encore une déviation du trajet original. Une déviation importante! Le ruisseau ! Les quinze minutes de marche en se concentrant sur autre chose que la direction! La marche douloureuse en ligne droite… à 60 degrés trop au sud ! Et maintenant cette pause imposée…

Et cette douleur au pied qui augmente…

Une autre gorgée d’eau. Hmm… la gourde est vide. Vous aviez pourtant calculé le nombre de gorgées d’eau requise pour une marche de 6 heures et un point de ravitaillement pour les remplir seulement à ce moment. 

Où est l’autre gourde?

Oh, non… vous avez laissé votre sac à dos près du ruisseau! La chute dans le ruisseau vous a fait oublier le sac!

Une légère panique s’installe…

Oh et puis merde… j’appelle les copains et tant pis pour mon égo d’explorateur viril!

Vous portez la main à votre poche droite par réflexe. Votre téléphone est toujours dans votre poche droite… d’habitude.

Ah oui, vous l’aviez rangé dans le compartiment « totally water proof » de votre ceinture de marche. En baissant les yeux, vous remarquez que le compartiment est ouvert… et vide! En y repensant, aucun son de notification ne vous a accompagné depuis, depuis… la première chute en entrant dans la forêt! 

Vous devez retourner vers le ruisseau pour récupérer au moins la trousse de premiers soins.

La plante de votre pied droit est douloureuse et inflammée. Trois de vos orteils du pied gauche ont des ampoules. Vos bottes ne sont pas sèches.

Vous consultez la carte, la boussole… et vous maudissez l’univers qui n’a pas respecté votre plan de trajet et vous a fait perdre votre cellulaire!

Où est le ruisseau ?

Oh!

Le soir tombe…

Un long hurlement se fait entendre…

« winter is coming »

Oops.. Mauvaise histoire…

😉


Si vous avez trouvé cette histoire et sa conclusion farfelue, prenez quelques minutes pour réfléchir sur votre dernière session de planification stratégique.

Henry Mintzberg se plait à dire que planification et stratégie ne vont pas ensemble. Je lui donne raison.

Vous devez avoir une stratégie et une vision pour réussir 

Et l’acte de planification est essentiel pour approfondir la réflexion.

Mais suivre un plan pour répondre à une stratégie fonctionne rarement plus longtemps que le temps requis pour atteindre le premier jalon. Ensuite, le plan doit être révisé.

Notre explorateur a rencontré des embûches dès le début de son trajet. Mauvaise planification me direz-vous. Oui.

La forêt est complexe, et non compliquée.

Se préparer à la complexité signifie une grande flexibilité mentale. Aucune préparation ne peut être parfaite. Cette agilité cognitive s’est perdue au fil des années, des décennies de stabilité entre l’ère industrielle et la première crise du pétrole dans les années 70. Les trente glorieuses d’après guerre ont accentué cette atrophie, notre habileté à répondre rapidement à la nature a graduellement diminué pour laisser la place aux plans de marketing, aux plans stratégiques et tactiques, aux exercices budgétaires rigides et inflexibles. La mission de nos organisations s’est transformée en planification de bonification trimestrielle au profit du sacro-saint budget, de prévisions de profit et de revenus et de retour sur investissement pour les actionnaires.

Et pendant ce temps les simples explorateurs que nous sommes, collègues, employés et gestionnaires peinent à fournir les produits et services de qualité que nos clients sont en droit de s’attendre.

Tout cela au nom du plan.

Mais la forêt recèle des pléthores de surprises qui ne sont pas prévues au plan.

La boussole d’antan est devenue la mission et la vision de nos organisations. Essentielle et omniprésente.

La carte n’a jamais été le territoire. Les exportateurs d’autrefois le savaient et s’en servaient pour s’orienter tout en adaptant leurs réponses et leurs réactions. Aucune procédure spécifique n’existe pour la marche en forêt ou l’exploration de nouveaux territoires.

Le gros bon sens et la conscience de l’environnement ont toujours été maîtres!

Les scouts le savaient.

La planification est primordiale pour réfléchir à ce qui « pourrait » se passer. 

Je ne peux m’empêcher de citer quelques sages :


« La vie est ce qui arrive pendant que nous passons du temps à planifier. »

Allan Sanders

« En échouant à l’étape de planification, vous planifiez échouer. »

Benjamin Franklin


Je me pose donc les questions suivantes:

  • Pourquoi le « budget » nous empêche-t-il de remplacer des ordinateurs désuets sous prétexte que l’achat est prévu dans 2 ans?
  • Pourquoi s’empêche-t-on d’embaucher en période de croissance extrême sous prétexte que « cela n’était pas prévu »?
  • Pourquoi ne saisit-on pas les opportunités qui s’offrent à nous maintenant parce que le « plan » le prévoyait dans 3 mois… ou plus tard?
  • Pourquoi prévoit-on des activités de formation ou un cursus éducationnel 1,3 ou 5 ans d’Avance alors que les besoins changent constamment ?
  • Pourquoi élabore-t-on un programme académique en plus de 5 ans (suivi d’une première cohorte qui sort 3-4 plus tard, formée sur les besoins initiaux… d’y il a dix ans!) pour une industrie en transformation (jeux vidéos, aéronautique, informatique, etc.) alors que l’industrie a le temps de changer et de disparaître en 10 ans (ex, les tablettes)?

À cause du « plan »!

Rien ne remplace la réflexion.

Une vision, une stratégie pour y arriver.

Un exercice de planification et de réflexion profonde, authentique, sans égo et entre égaux!

Ah, encore des citations de sages…


La planification stratégique n’est pas de la réflexion stratégique. En effet, la planification stratégique ruine la réflexion stratégique, causant les gestionnaires à confondre la vision réelle avec la manipulation de nombres!

Henry Mintzberg


« En se préparant à la bataille, j’ai toujours trouvé les plans inutiles, mais la planification indispensable! »

Dwight Eisenhower


Parole de scout : plan et stratégie ne vont pas ensemble!

 

 


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